Notes · Occupation de la Sorbonne
1 month ago

Quand le choix qui nous est proposé parait inacceptable il faut peut-être reformuler comment le choix se pose.
Si le slogan #niMacronNiLePen a toutes les raisons d'exister comme cri du cœur, et si ma sympathie va naturellement aux occupant·e·s de la Sorbonne, je pense que cette fois-ci l'abstention est un luxe qu'on ne peut plus s'offrir.
L'extrême-droite n'a jamais été aussi proche du pouvoir, et Macron est tellement détesté dans le pays que Le Pen a toutes les chances d'accéder à l'Élysée. Quelle différence cela fait-il puisque Macron n'a cessé de piocher dans le programme et les éléments de langage de Le Pen depuis 5 ans? Et bien, la différence, précisément, c'est que pour cette même raison Le Pen va devoir aller beaucoup plus loin pour satisfaire sa base. C'est la loi générale de ce pays ; plus les partis de droite ou de gauche empruntent à l'extrême-droite, plus celle-ci doit nécessairement s'enfoncer dans la radicalité pour se démarquer.
Je ne voterai pas pour choisir qui doit gouverner le pays, et en cela je peux me reconnaitre dans le slogan Ni Le Pen Ni Macron, mais je voterai pour choisir l'ennemi que nous devrons combattre les cinq prochaines années. C'est la seule chose qui se joue au second tour : choisir l'ennemi, car de toutes façons il faudra se battre.
Alors, puisque chacun·e de nous sait combien il est difficile d'affronter Macron et sa dérive autoritaire, est-ce que nous voulons vraiment nous rajouter la difficulté supplémentaire d'affronter Le Pen et la mafia néo-nazie qui l'entoure ? Est-ce que le seul petit plaisir éphémère de voir Macron être battu vaut de propulser les crânes rasés de Le Pen aux postes de ministres, préfets, directeurs d'administration, présidents d'institutions, ambassadeurs, etc ? Est-ce que cela vaut la peine d'offrir à Poutine une victoire au cœur de l'Europe et au mouvement social sa pire défaite ?
Est-ce qu'en voulant répondre à l'arrogance de Macron on ne se montrerait pas nous-mêmes un peu trop arrogants ?